13 conseils pour lancer son business

 

Entrepreneur 2016 L

 

Le Salon des Entrepreneurs, grand-messe annuelle de la création d’entreprise, aura lieu les 3 et 4 février prochains à Paris. A cette occasion, nous avons interrogé plusieurs de nos professeurs. Voici leurs conseils à ceux qui souhaitent se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. 

Il y est notamment question de l’effet salami et de la théorie du bullshit…

 

 

Oubliez le profil type de l’entrepreneur

 

Vous n'êtes pas conforme au tableau qu'on fait encore trop souvent de l’entrepreneur (super-dynamique, "risquophile", multitâche…) ? C'est le cas de l'immense majorité des entrepreneurs, parce que ce tableau n'est qu'une fiction, un mythe, un stéréotype trop souvent entendu. Les chercheurs ont abandonné depuis trente ans maintenant l'idée qu'il y aurait un profil type d'entrepreneurs. 

Alors oubliez tout ça et lancez-vous !

Erwan Lamy, enseignant-chercheur en philosophie, spécialiste de l'innovation

 

 

Agissez ici et maintenant !

 

Steve Jobs, Mark Zuckerberg, Larry Page, Serguei Brin ou encore Xavier Niel... On vous raconte des belles histoires sur ces entrepreneurs devenus de grands capitaines d’industrie. Ces modèles vous inspirent mais ils sont trop éloignés de ce que vous vivez et de vos aspirations ? Vous n’avez pas l’ambition de révolutionner la micro-informatique ni de changer le monde ? Cela ne vous disqualifie pas pour autant de devenir entrepreneur. Posez-vous quatre questions :

  • Qu’est-ce que je sais bien faire et avec plaisir ?
  • Comment pourrais-je faire fructifier ces talents avec d’autres ?
  • Comment pourrais-je valoriser ces talents pour en vivre ?
  • La création d’entreprise est-elle un moyen de développer mes talents ? 

Pour le savoir, il faut tester, expérimenter et valoriser à petits pas en partant de votre quotidien et de votre réalité. Il n’est pas interdit de rêver, mais entreprendre c’est agir ici et maintenant.

E. Michael Laviolette, enseignant-chercheur en entrepreneuriat et en stratégie

 

 

Evitez les fausses bonnes idées

 

Cette idée, vous l’avez depuis longtemps  et vous prenez soin de ne pas trop en parler de peur qu’on vous la vole. Qu’elle est belle cette idée d’entreprise ! Vous avez déjà identifié les clients potentiels par un questionnaire sur leurs besoins, et la plupart ont déclaré être vaguement intéressés. Mais ils n’ont rien vu, touché, ni palpé de votre offre encore très virtuelle, car vous vous heurtez à l’indifférence voire au scepticisme des financeurs.

Arrêtez tout de suite ! Vous faîtes fausse route. La création d’entreprise, ce n’est pas l’idée du siècle qu’on peaufine dans son coin avant de la sortir d’un chapeau tel un magicien ; c’est une démarche de créativité appliquée consistant à démultiplier, sélectionner, tester, et éprouver des idées pour en faire des opportunités concrètes.  Il faut la concrétiser et la tester même si elle risque d’être copiée ou imitée.

Les bonnes idées arrivent souvent au même moment et plusieurs personnes la détiendront. L’enjeu n’est pas de la posséder mais de la tester et de la développer rapidement quitte à l’abandonner.

E. Michael Laviolette, enseignant-chercheur en entrepreneuriat et en stratégie

 

 

Entreprenez à plusieurs

 

Business entrepreneur cartoon design, vector illustrationIl y a principalement deux façons d'entreprendre à plusieurs.

D'abord en vous associant avec des profils complémentaires : vous augmenterez vos chances de succès. Qu'il s'agisse de Google avec Sergueï Brin et Larry Page, ou de Uber avec Travis Kalanick et Garett Camp, ou encore de Michel & Augustin avec Michel de Rovira et Augustin Paluel-Marmont, avez-vous remarqué que des entreprises à succès ont commencé à plusieurs associés ?

Mais on pourrait tout autant compter de nombreuses entreprises qui ont échoué en raison de conflits entre associés. Alors si vous êtes tentés par l'aventure d'entreprendre à plusieurs, prenez vos précautions et prenez conseils pour bien choisir votre ou vos associés.

Une autre façon d'entreprendre à plusieurs, c'est d'implanter dans votre entreprise une culture collaborative faite de confiance et d'aventure partagée. Impliquez d'abord vos financeurs, vos premiers salariés, mais aussi vos clients, vos fournisseurs... Vous obtiendrez alors une véritable dynamique d'innovation participative et vous ferez profiter votre aventure entrepreneuriale de leurs nombreuses idées et d'un service R&D à moindre frais !

Maxime Jore, enseignant-chercheur en management et innovation

Une technologie, c'est bien, plusieurs c'est mieux

 

De nombreuses start-ups ont une expertise dans une technologie bien particulière. Or, une technologie est rarement adoptée seule. Par exemple, les ventes de PC sont restées stagnantes jusqu'à l'arrivée des imprimantes, de l'internet et des appareils photos numériques. De même, l'intérêt d'une imprimante 3D, d'un objet connecté (brosse à dents, raquette de tennis) peut être perçu comme relativement limité par le grand public. En revanche, combinez :

  • objets connectés et impression 3D (et recevez une brosse à dents connectée ou une raquette connectée parfaitement adaptée à votre morphologie),
  • imprimante 3D et réalité augmentée (pour « sculpter » et modifier directement avec vos mains les objets que vous voulez imprimer),
  • big data et objets connectés, etc.

et une révolution vous attend ! Si l'expertise d'une deuxième (voire d'une troisième) technologie vous manque, c'est le moment de vous associer avec une autre start-up spécialisée dans ce domaine.

Start-ups de toutes les technologies, unissez-vous !

Thierry Rayna, enseignant-chercheur en économie et innovation

 

 

Pensez à vos futurs actionnaires financiers

 

Entreprendre c’est aussi brûler du cash pour en créer beaucoup plus par la suite. Mais lequel ?

  • Le vôtre, vous êtes pauvre ;
  • Celui de vos parents, vous rognez l’héritage de vos frères et sœurs, ce qui n’est pas très sympathique pour la cohésion familiale ;
  • Celui de vos amis, ils deviendront vos ennemis ;
  • De votre banquier, non car son ordinateur n’arrive pas à calculer la probabilité de réussite de votre projet. 

Alors lequel ? Celui des business angels et des acteurs du capital risque qui, comme vous, ont la fibre entrepreneuriale.  Motivés par votre réussite et le retour sur investissement de votre projet, ils vous feront bénéficier, au-delà du financement, de leurs conseils et leurs réseaux. Une aide précieuse, car que seraient devenues les Google, Applecomputer, Cisco, Paypal, You tube, Micromania sans Michael Moritz, capital-risqueur chez Sequoia Capital ?

Emmanuel Frémiot, enseignant-chercheur en économie

 

 

Inspirez-vous des moines

 

Marre du court termisme, du tout tout de suite, de l'agitation, du bruit, des yeux rivés sur la trésorerie, de l'humain qui se délite....? Des difficultés à gérer les priorités, à remettre l'essentiel au centre, à déléguer....? Un remède : la Règle de saint Benoît! Véritable manuel de gouvernance à l'usage des monastères contemplatifs bénédictins et cisterciens depuis le VIe siècle, la Règle de saint Benoît est toujours d'actualité. Guide spirituel quotidien pour le monde monastique actuel impliqué dans le développement d'activités économiques pérennes, cette Règle de vie inspire aussi les managers en quête de sens, comme en témoignent les nombreux séminaires qui lui sont consacrés. Le "recours au conseil" (chap. 3), "le cellérier du monastère, tel qu'il doit être" (chap. 31), "l'obéissance mutuelle" (chap.71)... autant d'éléments de ce petit objet de 99 pages à mettre sur vos tables de nuit et à méditer!

Marie-Catherine Paquier, enseignant-chercheur en marketing

Pour aller plus loin : Marketing au monastère

 

 

Méfiez-vous des indicateurs de performance

 

Indicateurs © Trueffelpix - Fotolia lightIl est généralement admis que le développement d'une entreprise passe par la mise en place d'indicateurs de performance. Ces outils sont associés à un objectif de gestion optimale des ressources, au point que la multiplication des indicateurs est souvent perçue comme un signe de bonne santé. Or, par exemple, une croissance du Taux d'Utilisation de la Main d'Œuvre ne débouche pas forcément sur une meilleure productivité, cela en raison du stress qui l'accompagne.

De plus, l'"effet salami" enseigne qu'un indicateur, une fois construit, s'améliore automatiquement parce que les regards sont tournés vers lui. Il ne s'agit évidemment pas de supprimer ces indicateurs mais d'être attentif aux comportements qu'ils sont capables d'induire.

Philippe Broda, enseignant-chercheur spécialiste de l’analyse économique des institutions

Misez sur la mobilité

 

D’après une communication de la Commission au Parlement Européen du 11/09/2013, ces cinq dernières années, 794 000 emplois ont été créés grâce au secteur des applications mobiles. Avec les objets connectés, de nouveaux usages s’observent en milieu urbain. Par exemple, les vêtements et les accessoires équipés de capteurs biométriques connectés aux applications smartphones permettent de détecter en temps réel un état corporel et émotionnel. Une infinité d’usages numériques innovants touchant les secteurs du transport, de l’environnement, de la santé et des loisirs sont à construire !

Eric Sotto, enseignant-chercheur en sciences de l'information et de la communication

 

 

Mais aussi : pensez « physique » et pas uniquement numérique

 

Beaucoup de start-ups se positionnent sur des produits numériques uniquement (par exemple des « appli »), or la concurrence est féroce dans ce domaine et les profits sont en moyenne très faibles. Les coûts de développement de matériels (par exemple objets connectés, jouets physiques en complément d’un logiciel de jeu) ont fortement baissé, notamment grâce aux Fablabs et à l'impression 3D qui permettent de fabriquer des prototypes et des petites séries à moindre coût. Or le marché des objets physiques est bien moins compétitif et bien plus profitable que les marchés 100% numériques. Vendre un produit physique est justement ce qui peut vous permettre de gagner sur les marchés numériques. 

Thierry Rayna, enseignant-chercheur en économie et innovation

 

 

Méfiez-vous du bullshit

 

Vous vous sentez toujours un peu idiot et impressionné quand des consultants super-intelligents vous expliquent que la rupture postmoderne d'avec le paradigme de la verticalité conduit à l'émergence d'une épistémè accueillant de nouvelles formes de management participatif conformes à l'ethos de la génération Y ? (Ou un truc dans le genre). Vous ne devriez pas! Il y a quelques années, un philosophe américain - Harry Frankfurt - a forgé une notion pour théoriser ce genre de discours : le bullshit.

Le bullshit, c'est ce qui n'est même pas faux, juste complètement creux. Deux indices pour repérer le bullshit :

  1. Même si "ça vous parle", vous n'arrivez toujours pas à comprendre ce que ça veut dire concrètement malgré vos demandes répétées d'éclaircissement ; 
  2. Si enfin c'est traduit en quelque chose d'intelligible, alors ça ne passe pas le test du gant retourné : vous prenez l'idée de départ (exemple : il faut être à l'écoute de ses employés), vous la renversez (l'exemple donne : il ne faut pas être à l'écoute de ses employés!). Si l'idée renversée est totalement absurde, c'est que l'idée de départ est creuse.

Ne vous laissez jamais impressionner par le bullshit (ni par les consultants qui vous le vendent) !

Erwan Lamy, enseignant-chercheur en philosophie, spécialiste de l'innovation

 

 

Pour vous développer, misez sur la société plutôt que sur l’entreprise individuelle

 

Non et non, malgré tout ce que l’on vous raconte, la structure individuelle (commerçant, artisan, EIRL,auto-entrepreneur) n’est pas la plus adaptée pour créer et surtout développer une entreprise :

  • En cas de dettes, le patrimoine personnel des commerçants et artisans est menacé ;
  • L’EIRL suppose d’avoir suffisamment de biens pour pouvoir en affecter certains à un patrimoine dédié à l’activité professionnelle ;
  • Le statut d’auto-entrepreneur limite l’activité en raison des seuils imposés.

Pour démarrer une activité, la maintenir et permettre son essor, pensez à la société : tout seul (SASU, EURL) ou avec d’autres associés, en optant pour une société à responsabilité limitée (SA, SCA, SAS, ou SARL).

Elle aura son propre patrimoine, distinct de celui de son créateur et permettra de lever des fonds sans difficulté si un nouvel associé désire participer au capital social. 

Isabelle Beyneix, enseignant-chercheur en droit privé

 

 

Osez la déconnexion

 

No internet LVictime d’un débordement informationnel ? Stressé par votre boîte mail ? Dérangé par la géolocalisation, inquiet d’être exposé aux ondes électromagnétiques ? Le marché de la déconnexion est en plein boom. Des sociétés privées proposent des produits et des services para-technologiques, des séances de désintoxication, des séjours de tranquillité ou d’isolement. Encouragées par les pouvoirs publics avec une proposition de loi du 24/01/2014 relative à la sobriété, à la transparence et à la concertation  en matière d’exposition aux ondes électromagnétiques, des zones à rayonnement électromagnétiques limités apparaissent sur le territoire physique et un droit au silence des puces s’invite dans les débats.

Eric Sotto, enseignant-chercheur en sciences de l'information et de la communication

 

 

Pour aller plus loin :

 La création d’entreprise, de l’idée au lancement, E. Michael Laviolette, Editeur : Vuibert.

Le Business Plan pour les Nuls. Amine Chelly, Emmanuel Frémiot, Editeur : First.

Droit de l’entreprise, Isabelle Beyneix. Editeur : Vuibert.

 

 

Crédits photos : Fotolia / CCI Paris Ile-de-France

2 réponses à “13 conseils pour lancer son business”

  1. J’aime surtout le conseil de miser sur la mobilité ! C’est vrai que la mobilité est tellement importante de nos jours. Merci de toutes ces astuces pour lancer son business. Ce n’est pas facile, donc c’est toujours utile de lire des bons conseils.

  2. Pinel Anne dit :

    Merci pour cette synthèse claire et constructive .
    À lire et à relire pour avancer .

Trackbacks/Pingbacks

  1. 13 conseils pour lancer son business | Le Blog ... - [...] 13 conseils pour lancer son business  [...]
  2. #Startup : 13 conseils pour lancer son business... - [...] 13 conseils pour lancer son business  [...]
  3. #Startup : 13 conseils pour lancer son business | Tour de France de la création d'entreprise - [...] Sourced through Scoop.it from: business-development.novancia.fr [...]

Laisser une Reponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Image CAPTCHA

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>